"La bêtise insiste*"
 

Le président de la République a annoncé dans sa dernière interview télévisée qu’il avait décidé de revenir sur la tarification à l’activité des établissements de soins. Enfin !

Au début des années 2000 j’avais moi-même milité sans relâche contre cette réforme dont je prédisais le caractère inflationniste et délétère pour la qualité des soins. 14 parlementaires de toutes obédiences politiques m’avaient suivi pour mettre en garde Xavier Bertrand, ministre de la santé. Les Echos, le Monde, l’Humanité et l’Express relayaient mon hypothèse et mes propos. Des chirurgiens menaçaient de faire grève. En vain ; la T2A était mise en place en 2006, la haut fonctionnaire en charge du projet se voyait remettre la Légion d’honneur et mon employeur m’indiquait la porte de Pôle emploi où je serai tricard 6 bons mois.

La T2A restera un exemple de réforme malsaine. Son postulat est de considérer que les soignants sont peu engagés sous dotation globale parce que le travail reste in fine une contrainte. Pourtant, les psychologues savent bien désormais que Maslow s’est trompé avec sa pyramide, l’approche systémique de ses recherches prêtant aujourd’hui à discussion. Le besoin de s’accomplir, le désir de se réaliser par le travail sont beaucoup plus importants qu’il a voulu nous le faire croire. Ce besoin vital  de travailler et de produire enveloppé dans notre société de consommation a généré à l’hôpital une augmentation inégale des activités et des déviances coupables. Les personnels soignants sont éreintés et certaines pathologies voient leur file d’attente s’allonger.

Il faut se méfier des idées qui s’appuient sur un manque d’engagement des Français. Pourtant, c’est bien encore sur cette erreur d’appréciation que repose la sélection à l’université que souhaite imposer le gouvernement. Nos bacheliers choisiraient donc n’importe quelle filière pour se planquer aux frais de l’Etat-providence. Parce que le travail serait une contrainte on devrait donc les sélectionner dès 18 ans sans croire en leur capacité d’engagement, sans entendre leurs doutes, sans considérer les changements permanents du monde de l’entreprise.
Il est temps que la responsabilisation des individus et l’espérance du caractère vertueux du travail effacent la volonté de contraindre et le pusillanime des Cassandres qui dirigent.
 

*Citation de Raymond Devos, comédien 

 

Franck BOISSIN
Directeur Général

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