November 2, 2026

Fabien Morin - Expatrié au Canada

Je m’appelle Fabien Morin. Je vis à Toronto, la capitale économique du Canada, depuis onze ans, avec mon épouse Marie-Pierre et notre fille de neuf mois, Justine. Citoyen canadien depuis quatre ans, je reste cela dit profondément français de cœur et fier de mes origines arcachonnaises.

Bonjour et merci d’avoir accepté de participer à cette nouvelle édition de Resource, consacrée à l’expérience de l’expatriation ! Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et revenir sur les grandes étapes de votre parcours professionnel ?

Je m’appelle Fabien Morin. Je vis à Toronto, la capitale économique du Canada, depuis onze ans, avec mon épouse Marie-Pierre et notre fille de neuf mois, Justine. Citoyen canadien depuis quatre ans, je reste cela dit profondément français de cœur et fier de mes origines arcachonnaises. Chez AstraZeneca, où j’ai débuté ma carrière dans la filiale française il y a quatorze ans en tant que chef de produit (et grâce à Franck et Serendip !), je suis aujourd’hui Senior Global Commercial Director dans l’aire cardiovasculaire, rénale et métabolique, avec un rôle centré sur la préparation d’un lancement prioritaire dans l’hypertension artérielle et une fonction de point de contact commercial pour les marchés mondiaux.

Mon parcours n’a pas suivi une trajectoire parfaitement linéaire. Ma formation de vétérinaire, complétée par un master en pharmacoéconomie et droit de la santé à Paris Descartes, puis un MBA à l’ESSEC et sa chaire Santé, m’a progressivement conduit vers des responsabilités commerciales. Au sein d’AstraZeneca, en France puis au Canada, j’ai travaillé dans le marketing, la gestion des ventes et les opérations commerciales, et plus récemment dans le leadership d’une franchise intégrée. J’ai eu la chance de m’immerger avec passion dans des aires thérapeutiques variées telles que la cardiologie, les maladies respiratoires et, plus récemment, les maladies ultra-rares hématologiques et néphrologiques chez Alexion, la Business Unit dédiée aux maladies rares d’AstraZeneca. J’ai couvert les soins primaires, les soins de spécialité et les écosystèmes complexes des maladies rares, et j’ai accompagné des portefeuilles de produits à chaque étape de leur cycle de vie : lancements majeurs, extensions d’indication et préparation à la perte d’exclusivité. Finalement, au vu de la croissance d’AstraZeneca depuis plus d’une décennie, j’ai eu l’immense chance d’accompagner ou d’être fortement impliqué dans des problématiques de transformation organisationnelle et culturelle trépidantes !

Ces expériences m’ont donné une vision de plus en plus large du métier, mais surtout la conviction que les résultats ne sont jamais individuels. Ils reposent sur la qualité des équipes, une culture d’entreprise forte, la clarté des choix et la capacité à écouter les réalités du terrain de manière agile. J’essaie d’apporter une direction et de créer les conditions pour que chacun contribue pleinement. Je n’y parviens pas toujours du premier coup : apprendre, demander du feedback et ajuster mon approche font partie intégrante de ma façon de travailler.

Le choix de votre pays d’expatriation a-t-il été guidé par des raisons particulières, personnelles ou professionnelles ?

J’ai toujours aspiré à une carrière internationale, avec la conviction qu’il valait mieux partir tôt pour en tirer pleinement parti. Je n’avais pas un plan précis visant le Canada — je n’y avais d’ailleurs jamais mis les pieds avant de m’y expatrier. Je cherchais surtout une expérience internationale qui m’obligerait à sortir de mes repères. Lorsque l’opportunité s’est présentée, un peu par sérendipité, elle associait un marché de la santé complexe, un environnement multiculturel et des responsabilités nouvelles. J’ai décidé de tenter l’aventure, avec beaucoup d’envie, mais aussi une part d’incertitude. À30 ans, je suis parti seul, avec deux valises, en pensant rester deux ans tout au plus.

Ce qui devait être une étape professionnelle est devenu un véritable projet de vie. J’y ai rencontré mon épouse et construit ma famille. Professionnellement, six fonctions différentes en l’espace de dix ans m’ont permis de découvrir le marché sous plusieurs angles. Elles m’ont aussi rappelé qu’une expérience acquise ailleurs n’est jamais un passeport automatique : dans chaque nouveau rôle, il faut refaire ses preuves, comprendre le contexte et gagner la confiance de ses interlocuteurs. Le Canada s’est aussi révélé un terrain d’apprentissage particulièrement stratégique : la perte d’exclusivité y intervient souvent plus tôt, ce qui pousse à innover davantage et en fait, d’une certaine manière, un miroir des enjeux futurs de l’industrie. J’y ai également vu AstraZeneca Canada devenir un véritable hub de recherche clinique et de fonctions globales, passant d’à peu près 500 à plus de 2 600collaborateurs en l’espace de seulement six ans : quel dynamisme !

En quoi l’expatriation a-t-elle changé votre quotidien, tant sur le planpersonnel que professionnel ?

Au quotidien, il faut reconstruire des repères, créer de nouvelles relations et accepter de ne pas toujours maîtriser les codes. Il faut aussi accepter, lucidement et dès le départ, de manquer certains moments familiaux, heureux comme plus difficiles. Même après onze ans, je continue de découvrir des nuances culturelles, d’adorer ce certain optimisme nord-américain qui fait du bien, cette liberté d’entreprendre — et de négocier avec l’hiver canadien.

Sur le plan professionnel, j’ai appris à moins présumer et à poser davantage de questions. Mon style de leadership s’est construit par essais, feedbacks et ajustements. J’accorde aujourd’hui plus de place aux désaccords utiles, à la diversité des points de vue et à l’adaptation aux personnes. Cela ne signifie pas renoncer à l’exigence ou à la vitesse d’exécution, mais reconnaître qu’une décision est souvent meilleure lorsqu’elle a été réellement éclairée par ceux qui non seulement devront la mettre en œuvre, mais surtout doivent en être les principaux moteurs de changement.

La langue a été une autre école d’humilité, et ce, malgré un niveau d’anglais très solide à mon départ de France. L’anglais professionnel s’apprend relativement vite ; la capacité à saisir les sous-entendus, à créer du lien et à influencer avec justesse demande beaucoup plus de temps. Et là, pas de secret… J’ai longtemps gardé une liste de mots à portée de main et sollicité des corrections. Cette habitude est restée : je préfère reconnaître une zone d’apprentissage plutôt que donner l’impression d’avoir toutes les réponses.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui en visage de s’expatrier, mais hésite encore à franchir le pas ?

Je conseillerais d’abord de clarifier ce que l’on vient chercher : un apprentissage, une responsabilité différente, une ouverture personnelle —idéalement un peu des trois. Ensuite, il faut se préparer sérieusement sans attendre d’avoir tout sécurisé. Lorsqu’on envisage de s’installer durablement, cela inclut aussi des aspects très concrets : budget, fiscalité, couverture santé, services sur place, système éducatif pour les enfants, modes de vie professionnels et personnels différents. Une expatriation comporte toujours une part d’inconnu, et c’est surtout cela qui la rend si fructueuse, même si cela vous « bouscule » aussi souvent.

Il est utile de comprendre le marché, les codes du travail et les attentes liées au poste, mais aussi de s’entourer de personnes capables de partager une vision honnête, y compris des difficultés. Je conseille fortement de construire un réseau avant le départ et de poursuivre cet effort une fois sur place. Il ne s’agit pas seulement d’identifier des contacts, mais de comprendre les attentes du marché, de rechercher des regards contradictoires et de trouver des personnes capables de donner un feedback honnête. Une mobilité réussie repose autant sur la curiosité et la capacité à demander de l’aide que sur l’expertise.

Enfin, il faut accepter de ne pas être immédiatement à son meilleur niveau et de vivre un temps avec une forme d’inconfort productif. On apprend, on se trompe, on ajuste. C’est parfois inconfortable, mais c’est précisément ce qui rend l’expérience si féconde. Mon conseil serait simple : préparez-vous, restez ouverts et faites confiance à votre intuition. Vous ne contrôlerez pas tout — et c’est aussi ce qui peut rendre l’aventure profondément transformatrice.

On ne maîtrise ni tous les codes ni toutes les réponses au départ. L’humilité, la patience et la capacité à apprendre vite deviennent alors de véritables leviers de performance. L’expatriation exige beaucoup, mais elle élargit profondément les perspectives et transforme votre manière de vivre, de penser, de collaborer et de diriger.

Si je devais résumer mon expérience en une phrase : ne partez pas simplement pour changer de pays ; partez pour élargir votre impact. N’y pensez pas trop non plus et « Follow your gut ! » : vous allez adorer cette expérience et énormément apprendre.

Je n’ai qu’une hâte : recommencer l’aventure !

 

‍

Lien copié dans le presse-papier