November 2, 2026

Fabrice Michel - Expatrié en Chine

Bonjour et merci d’avoir accepté de participer à cette nouvelle édition de Resource pour parler de l’expérience de l’expatriation ! Dans un premier temps, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ? Enchanté ! Je suis Fabrice Michel. J’ai débuté chez Boehringer au marketing, avant de devenir directeur régional sur le terrain, puis chef de groupe…

Bonjour et merci d’avoir accepté de participer à cette nouvelle édition de Resource pour parler de l’expérience de l’expatriation !

Dans un premier temps, pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Enchanté ! Je suis Fabrice Michel. J’ai débuté chez Boehringer au marketing, avant de devenir directeur régional sur le terrain, puis chef de groupe. C’est à cette période que j’ai vécu ma première expatriation, en Allemagne, pendant trois ans. J’ai ensuite intégré les laboratoires Théa, où j’ai pris la direction internationale du marketing pendant quatre ans. Je suis finalement revenu chez Boehringer en 2014, à la direction des ventes, avant de prendre la direction de l’accès au marché. Je suis ensuite parti en Belgique pour ma deuxième expérience à l’étranger, en prenant la direction des filiales belge et luxembourgeoise. Je suis repassé par l’Allemagne pendant deux ans et demi, où j’étais chargé du Japon et de la Chine en tant que Regional Business Manager (poste orienté« business steering » et « P&L management »).

Depuis août, je suis installé à Shanghai et j’occupe le poste de Business Unit Director, CRM and Obesity.

 

Le choix du pays dans lequel vous vous êtes expatrié a-t-il été guidé par des raisons particulières ?

La première raison de mon expatriation était de prendre un poste avec un périmètre plus large. Ma première expérience en Allemagne m’a permis de comprendre comment la stratégie internationale du groupe était déployée depuis la maison mère. J’avais aussi pour ambition de prendre une direction générale, et l’occasion s’est présentée à l’étranger. Le changement était relativement simple, car il s’agissait d’un pays voisin. Ma deuxième expérience en Allemagne a également été une très belle occasion de sortir de mon périmètre européen et de travailler sur de nouvelles zones. J’ai ainsi pu découvrir la Chine, dont j’apprécie beaucoup la culture. J’ai toujours trouvé que ce pays était mal connu des européens et entouré de nombreux préjugés. C’est un pays qui va très vite et qui innove énormément. Lorsque l’occasion s’est présentée, j’ai naturellement accepté.

 

Qu’est-ce qui change au quotidien, dans la vie personnelle et professionnelle, lorsqu’on part vivre à l’étranger ?

L’expatriation est d’abord un changement familial : j’ai laissé mes deux aînés en France, car ils poursuivent des études supérieures. Nous sommes donc partis avec mon épouse et notre petite dernière. Elle était inscrite à l’école internationale en Allemagne ; nous avons donc fait le même choix à Shanghai.

Les démarches administratives en Chine sont simples, car tout est digitalisé, à l’exception des démarches bancaires, plus complexes. La plupart des banques sont des banques d’État et l’ouverture d’un compte nécessite trois à quatre heures, car les vérifications sont très poussées. Pour le reste (impôts, visas, etc.), les démarches sont simplifiées pour les expatriés, notamment pour les «talents » que la Chine souhaite attirer et retenir : j’ai obtenu mon visa en une semaine seulement et, en trois jours, nous avions nos permis de travail et de résidence ! L’accompagnement par une bonne agence est aussi indispensable pour comprendre les étapes clés, identifier les documents nécessaires et les remplir correctement en chinois.

C’est très différent de l’Allemagne, où les démarches administratives sont encore peu numérisées. Pour les opérations bancaires, par exemple, c’est comme en France :on reçoit sa carte bancaire trois semaines après en avoir fait la demande, les courriers se multiplient inutilement, etc.

En Chine, les outils numériques sont très développés, avec deux applications majeures : WeChat et Alipay. Elles permettent de tout faire : payer, traduire, commander, prendre le métro ou commander un DiDi (l’équivalent d’Uber). Grâce à ces deux applications, le quotidien est nettement plus simple. La barrière de la langue s’en trouve également réduite. On pourrait penser que cette dernière constitue un frein, car peu de chinois parlent anglais. Pourtant, il est presque plus facile de se faire comprendre en Chine qu’en Allemagne. L’accueil est également différent : l’hospitalité et la culture du service sont globalement plus naturelles en Chine.

En étant résident français, il faut se préparer à un changement radical en matière de système de santé. En tant qu’expatriés, nous avons accès à des assurances privées, mais la santé coûte très cher. En quittant la France, on prend conscience de l’ampleur des frais médicaux. Lorsqu’on vous demande, pour la première fois, d’avancer 1 200 € pour une IRM, cela peut surprendre… Un collègue expatrié a eu un accident grave de vélo ici : ses frais médicaux se sont élevés à 300 000 euros.

Concernant mon cercle amical, j’ai toujours mes proches en France, avec qui j’ai l’habitude de prendre l’apéritif en visio ! À l’étranger, il faut saisir toutes les occasions de créer du lien : l’école des enfants, le travail, les groupes d’expatriés sur les réseaux sociaux, etc. Si je devais donner un conseil à une personne qui souhaite s’installer à l’étranger, ce serait de sortir de sa zone de confort. Il existe de nombreuses associations et de nombreux groupes auxquels on peut se joindre. Comme partout, il y aura certaines personnes avec les quelles le courant passe très bien, et d’autres moins. Au-delà de l’importance de se créer un cercle amical, il faut préserver sa vie familiale :se renfermer dans « l’entre-soi » peut finir par créer des tensions et de la frustration.

Sur le plan professionnel, il est important de comprendre la culture locale avant même de partir. Même pour un pays comme la Belgique, que l’on pense proche de la France, il faut se renseigner. D’après mon expérience, la culture belge se rapproche davantage de la culture néerlandaise. Imaginez donc la différence avec la Chine ! Il est essentiel de respecter les codes locaux. Je pars toujours du principe que je ne suis pas chez moi. À mon sens, il faut faire preuve d’humilité et de respect.

Par exemple, les chinois peuvent avoir besoin de plus de temps pour accorder leur confiance et exprimer leur désaccord. Si ce n’est pas le cas, ils peuvent donner l’impression que tout va bien. Cela peut représenter un frein à l’agilité et à la performance. Ce sont aussi des personnes très cultivées et qualifiées, et les choses peuvent aller plus vite : il faut donc s’adapter à leur rythme.

Lorsque la culture d’entreprise a été bien pensée et mise en place, c’est presque la partie la plus simple. Je n’ai pas changé d’entreprise en déménageant, et je sais que cela facilite grandement le quotidien d’un expatrié. Bien entendu, certains détails varient selon la culture du pays. En Chine, par exemple, le rôle du leader est très important. Lors des dîners d’entreprise, personne ne s’assoit avant le manager. De même, une place spécifique lui est réservée dans une salle de réunion ou dans une voiture. Tout est une question d’adaptation.

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Aviez-vous, ou avez-vous encore, des appréhensions liées à votre arrivée en Chine ? L’adaptation est-elle plus facile lorsqu’on a déjà vécu une expatriation ?

J’en ai peu ! Certains aspects restent toutefois un peu angoissants avant un grand départ. Sur le plan logistique, contrairement à mon déménagement en Allemagne, nous n’avons pas pu emporter toutes nos affaires et nous attendons encore l’arrivée de certains de nos biens en Chine. Cela peut paraître anodin, mais le tri à effectuer avant le déménagement peut être source d’appréhension : cela représente beaucoup de travail, auquel s’ajoutent les démarches administratives.

L’appréhension liée au logement, lors d’une première expatriation, s’atténue au fil des déménagements. En Allemagne, nous avions loué le premier logement venu, car on nous avait prévenus que le marché était très tendu. En Chine, nous avons pris le temps nécessaire. Comme dans bien d’autres domaines, l’expérience permet de faire moins d’erreurs.

Les premiers temps au sein d’une nouvelle équipe peuvent également être stressants. Le premier trimestre est très important pour prendre ses fonctions en main et rencontrer ses équipes et collègues, définir clairement leurs attentes ainsi que la meilleure façon de travailler ensemble. Partir vivre à l’étranger est impressionnant, mais l’expérience montre qu’on finit toujours par se faire comprendre, par trouver ce que l’on cherche et que rien n’est insurmontable !

 

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui hésite à franchir le pas ?

Je pense qu’il faut absolument franchir le pas lorsqu’on en a envie ! Je conseillerais de ne pas attendre trop longtemps, car l’expatriation peut donner un véritable coup d’accélérateur à une carrière. C’est une grande aventure et une belle école de la vie.

Je dirais que lorsque les enfants sont grands, le départ est aussi plus difficile pour eux : ils doivent quitter leurs amis et peuvent être davantage confrontés à la barrière de la langue.

Un conseil que je n’ai pas suivi lors de ma première expatriation, mais que je donnerais aujourd’hui : vivre pleinement comme un expatrié. Il faut profiter de ses week-ends pour découvrir le pays. Sinon, on apprend peu sur le pays, la culture, l’histoire et les habitants.

Il faut considérer son expatriation comme un aller simple et ne pas penser à revenir afin d’en profiter pleinement et remplir son rôle du mieux possible, avec une perspective de long terme.

J’aurais un dernier conseil pratique : repérer les adresses utiles dès son arrivée. Il faut notamment trouver un vétérinaire si l’on voyage avec des animaux, ainsi qu’un médecin et les numéros d’urgence.

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